Le phénomène immobilier du Coliving

Qu’est-ce que le coliving ? A qui s’adresse-t-il ?

Tout droit venu des États-Unis, ce nouveau mode de « vivre ensemble » fait fureur dans le marché de l’immobilier français. Cette nouvelle forme d’habitation est de plus en plus prisée des jeunes actifs et étudiants, extenués par un marché immobilier trop inaccessible. En effet le coliving cible en grande majorité les « millenials », et pourrait être décrit comme étant une forme hybride entre la colocation et le coworking. A l’image de ce dernier, il répond aux nouveaux besoins professionnels et locatifs des jeunes actifs, en mêlant à la fois le professionnel et le personnel. Ainsi, la plupart des espaces de coliving offrent des salles de travail, salles de sport ainsi que des espaces de vie commune.

Le coliving a un tel succès qu’il peut se retrouver sous différentes formes. Certaines résidences étudiantes privées incluent une offre coliving au sein de leur parc locatif, pouvant alors être interprétée comme une modernisation de la colocation. Il convient donc de distinguer ces offres aux logements purement axés coliving. Le coliving se base généralement sur des locations « all inclusive » : charges locatives, frais de dossier, et parfois même assurance habitation sont inclus. Ce mode de fonctionnement pourrait expliquer les loyers pratiqués, plus élevés qu’en marché locatif classique. Ces logements nécessitent beaucoup d’espace, et sont pour le moment basés en périphérie des grandes agglomérations, avec une desserte en transports assez peu satisfaisante. Comme nous l’avons vu, ce concept émane des États-Unis, or les villes européennes ne possèdent pas un espace urbain aussi vaste pour reprendre de tels projets immobiliers. La question se pose donc de savoir si, dans le cas où cette tendance se poursuit, des mesures pourraient être prises pour faciliter l’implantation de ces résidences en pleine ville.

Ce « vivre ensemble » rappelle un modèle américain importé en Europe, via une mondialisation de l’économie, mais aussi via les séries télévisées et autres phénomènes culturels à succès mondiaux. Ces derniers montrent une image embellie de la vie en communauté, et dont le principal public sont les millenials. Une question, très souvent posée, revient donc : coliving, coworking, etc… Allons-nous vers une américanisation de la vie en Europe occidentale ?

Coliving : Promesse utopique ou réelle solution aux difficultés des locataires ?

L’un des plus gros avantages du coliving, est qu’un locataire peut trouver un logement en fonction de ses centres d’intérêts, professionnels comme personnels. Bon nombre de ces logements proposent en effet des services ou même des maisons entières à thèmes. Par exemple, la résidence peut se spécialiser dans le domaine du cinéma ; les locataires peuvent alors bénéficier d’un home cinéma et de soirées film. Il peut y avoir des résidences spécialisées dans le sport, la cuisine, l’environnement, etc.

Etant donné que le mot d’ordre et le « vivre ensemble », il est important de s’assurer, dès le départ, que les résidents s’entendront au mieux. Ainsi, afin de regrouper les « bonnes personnes », plus susceptibles de nouer des liens, certains groupes de coliving font passer des entretiens avant d’accepter des candidatures. Bien que cela promette aux futurs colocataires une « bonne ambiance », cela rajoute une étape supplémentaire à la location dans un marché déjà très compétitif.

Le coliving répond cependant à ces difficultés en offrant des baux très flexibles, plus proches des réservations hotellières que des baux locatifs standards. Cette formule, empruntée au marché de location de vacances, évoque une instabilité professionnelle et locative des jeunes en France. Le futur locataire peut le plus souvent, choisir sa date d’entrée et de sortie, voire réserver en ligne sans aucune visite ou démarche administrative. La durée des baux se trouve dans une moyenne de séjour de 6 à 8 mois, soit la durée d’un semestre ou d’une année universitaire. De plus, très peu de résidents poursuivent leurs séjours au-delà d’un an. C’est un avantage pour les jeunes, souvent amenés à être mobiles dans le cadre de leurs études, stages ou missions professionnelles.

Mais cette facilité à la location en ligne ne tendrait-elle pas vers la création d’un « marché du lieu de vie » ? En effet, les résidents ne sont plus locataires mais « colivers », les premiers arrivants sont désormais des « fondateurs ». Mêler le travail à la vie personnelle ne pousse-t-il pas à une hyper socialisation et à une société encore plus occultée par le travail ? Vouloir partager tout son temps avec autrui est-il réellement désirable ? Il est surement trop tôt pour répondre à ces questions, mais nous pourrions tout de même y voir un réel désir d’homogénéisation des locataires et du marché immobilier.

Enfin, nous pourrions voir le coliving comme une réponse à l’isolement progressif des différents groupes sociaux. Selon une étude publiée par BVA, 66 % des moins de 35 ans déclarent se sentir seuls. De plus, les mesures restrictives mises en place à la suite de la crise sanitaire n’ont fait qu’accroitre le besoin de sociabilisation. Nous aurions pu penser que la crise sanitaire freinerait le partage d’espace à plusieurs, mais bien au contraire, les groupes immobiliers concernés ont su faire face aux difficultés liées au « vivre ensemble » en temps de Covid. Selon le groupe Coliv, les opérateurs spécialisés en coliving ont enregistré une baisse de 10 à 12% d’occupation, contrairement au parc hôtelier, qui est passé de 100% à 23% en l’espace de 15 jours. Et ce succès ne fait qu’accroitre si l’on en croit les multiples sites de réservations en coliving qui affichent des disponibilités fermées et de longues listes d’attente.

Solution flexible aux besoins évolutifs d’une population de plus en plus mondialisée et mettant l’accent sur l’humain, ou réponse marketing à la précarisation et solitude des plus jeunes ? Quoi que l’on en pense, le coliving est un symbole d’une jeunesse en manque de stabilité sociale, économique et professionnelle. Nous ne pouvons qu’espérer qu’il permette de résoudre ces difficultés très présentes dans la vie des jeunes actifs et étudiants, dans un contexte économique et social qui devient de plus en plus difficile.